La guerre d’Algérie dans Mémoires en Jeu

La revue transdisciplinaire de l’association "Mémoires des signes"
mercredi 27 avril 2022
par  Franck SCHWAB
popularité : 48%

Mémoires en Jeu, "Quelle(s) mémoire(s) pour la guerre d’indépendance algérienne 60 ans après ?", dossier réalisé par Catherine Brun, Sébastien Ledoux et Philippe Mesnard, n°15-16, Hiver 2021-2022, 234 pages, 25 euros.

Le numéro double de cette revue porte sur les mémoires d’une guerre dont, paradoxalement, on ne parle pas beaucoup cette année malgré le soixantième anniversaire des accords d’Evian - invasion de l’Ukraine et élection présidentielle obligent - mais qui reste fondamentale pour comprendre les fractures toujours vives de notre société, comme le rapport difficile que la France continue d’entretenir avec la rive sud de la Méditerranée.

A contre-courant du dialogue de sourds qui persiste entre les autorités algériennes et françaises, les unes utilisant la guerre d’indépendance comme une rente mémorielle à caractère perpétuel, les autres prônant une nécessaire « réconciliation » qui n’a guère de sens pour ceux des Français qui n’ont pas soutenu les gouvernements de la IVème République ou qui n’ont pas été membres de l’OAS - comme le démontrent nettement les historiennes Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault, longuement interviewées ici - ce numéro de la revue cherche à établir un vrai dialogue fondé sur la reconnaissance de la complexité des situations vécues et, à travers elles, sur la recherche d’une vérité conçue comme seule capable d’apaiser les multiples blessures causées par le conflit.

« Cette inséparabilité entre l’histoire des uns et celle des autres, nous dit ainsi l’un des articles de Mémoires en Jeu 1, ce caractère inextricable entre une mémoire et l’autre sont suggérés par l’écrivaine [Maïssa Bey] lorsqu’elle évoque [dans son roman] l’échange d’appartements que font la famille de Lilas et une voisine européenne au moment des menaces et des exactions de l’OAS, chacun vivant jusque là dans un quartier habité par l’autre communauté. La fillette Lilas passe donc son premier été en tant qu’Algérienne "indépendante" dans les appartements abandonnés par ses ex-voisins européens, lisant leurs livres demeurés là, ou contemplant les tableaux toujours accrochés aux murs. Deux mémoires s’entrechoquent, se superposent ; la ligne de démarcation entre “eux” et “nous” tend à s’effriter ».

Les multiples ponts construits entre « eux » et « nous » dans le numéro passent ici par la littérature.

Ailleurs, ils passent par l’histoire, le cinéma, la musique, l’éducation ou encore l’action associative 2.

La revue accorde enfin une large place aux traces visuelles laissées par la guerre, tant en Algérie même, à travers de très beaux portfolios, que dans un territoire comme la région Rhône-Alpes où elles sont aussi très riches et où le lecteur fera des découvertes surprenantes.

Un travail de « réconciliation » des mémoires parfaitement réussi par les auteurs du dossier !

Franck Schwab

1 Hervé Sanson, « Un jeu dynamique avec la perte. Deux modes de représentation innovants de la guerre d’indépendance algérienne : Bleu, blanc vert de Maïssa Bey et Ecorces de Hajar Bali » (p.147-151).

2 A voir notamment, à propos du site 1000autres.org, dans Malika Rahal et Fabrice Riceputi, « La mémoire de la “disparition forcée” durant la guerre d’indépendance algérienne » (p. 31-35).


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