Victimes et bourreaux

Recension de l’ouvrage de Guillaume Maisse, "Pexonne, 27 août 1944. La rafle oubliée", préface de Dominique Foinant, 2022, 408 pages, 20 euros.
lundi 10 avril 2023
par  Franck SCHWAB
popularité : 69%

L’ouvrage peut être commandé à l’adresse électronique suivante : pexonne27aout44@gmail.com

Il est également disponible au Hall du Livre à Nancy ; à la librairie Le Neuf à Saint-Dié ; à la librairie L’Etape littéraire à Raon l’Etape ; à la librairie du Mémorial d’Alsace Moselle à Schirmeck.

Il y avait des campagnes plus "tranquilles" que d’autres au cours de ce été 1944 qui vit le territoire français échapper progressivement à la mainmise de l’occupant.

Mais ce n’était pas le cas de celle des environs de Baccarat, située au sud de la Meurthe-et-Moselle et au pied de la "ligne bleue" des Vosges sur laquelle les nazis voulaient à toute force arrêter l’avance des troupes alliées.

A proximité du gros village de Pexonne, dans un périmètre très réduit, on trouvait notamment des maquis actifs, des parachutistes anglais infiltrés, une station radar allemande et même des Hitlerjugend occupés à creuser une ligne de défense.

Au même moment, la direction des services de sécurité allemands, qui venait de quitter Paris pour se regrouper temporairement à Nancy, chargeait un Kommando du Sipo-SD, dirigé par le capitaine SS Erich Wenger, de "nettoyer" la région à l’aide d’une Wachtkompanie venue de Strasbourg.

Le drame allait se nouer.

Il nous est raconté ici par un historien non-professionnel qui a travaillé avec la même rigueur qu’un historien de métier puisqu’il a non seulement recueilli tous les témoignages sur le sujet mais qu’il les a systématiquement recoupés par la consultation de toutes les archives françaises, allemandes et même anglaises, des parachutistes britanniques ayant également été assassinés à froid dans cette affaire (notamment le para John Conway qui était seulement âgé de 19 ans).

Pourtant peu impliqué dans l’activité résistante environnante, le village de Pexonne devint pour son malheur l’épicentre de la répression à travers la rafle qu’y fit le Kommando Wenger dans l’espoir de s’emparer d’armes et d’un émetteur radio qu’il n’y trouva pas.

"L’Aktion" se solda par l’exécution de 3 habitants (dont le maire du village, ancien combattant de Verdun) et par la déportation de 81 autres (dont le plus jeune avait 16 ans), 80% d’entre eux mourant avant la fin de la guerre dans les différents camps de concentration nazis, principalement à Melk et à Ebensee en Autriche qui étaient des "dépendances" du terrible camp central de Mauthausen.

Cette tragédie qui fit, en plus des morts, 32 veuves et 84 orphelins, amena le village à se replier sur lui-même dès la fin du conflit, repliement dont il sort à peine aujourd’hui...

Outre le travail essentiel de mémoire qu’il accomplit, l’ouvrage présente deux grands intérêts : celui de nous montrer d’abord presque "de l’intérieur" comment a fonctionné l’organe de répression nazi dont "l’efficacité" brutale reposait avant tout sur le renseignement et une collecte d’informations dans laquelle les auxiliaires français du Kommando ont joué un rôle déterminant ; celui d’autre part de nous dire comment la justice est passée ou a tenté de passer à la fin de la guerre.

Pour les auxiliaires français du Kommando et les dénonciatrices qu’ils ont su habilement utiliser, il n’y a pas eu de problèmes : la justice les a recherchés et retrouvés très vite, la grande différence pour chacun d’eux ayant été le moment où ils ont été jugés. On était fusillé en 1946 sur des charges pas toujours bien établies quand on ne l’était plus en 1950 sur des charges avérées et très lourdes...

Pour les responsables allemands, par contre, l’oeuvre de justice a été beaucoup plus difficile à réaliser, le cas le plus tristement intéressant étant celui d’Erich Wenger que l’auteur développe longuement à la fin de son ouvrage.

Le chef du Kommando - d’abord absous en Allemagne par les Anglais du crime commis sur leurs parachutistes (!) - devint assez vite un important responsable du contre-espionnage ouest-allemand avant de finir par être dénoncé en 1963 comme un ancien SS dans un article à sensation du Spiegel.

D’une certaine manière, la justice allemande fit, à partir de là, bien plus d’efforts pour caractériser ses crimes que la justice française qui - il faut le reconnaître - n’en fit guère.

Mais ce fut en pure perte : l’homme mourut paisiblement dans son lit en 1978 sans - on l’imagine - avoir jamais fait de cauchemars sur son passage en Lorraine 34 ans auparavant.

Que voulez-vous ? C’était un reître qui servait avec foi l’ultranationalisme nazi ! La vie des non-Allemands avait peu d’importance pour lui...

Une étude historique en tous points remarquable.

Franck Schwab


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