La Shoah

Recension de l’ouvrage d’Anastasio Karababas, "La Shoah, l’obsession de l’antisémitisme depuis le XIXème siècle", préface de Joël Kotek, Bréal, 2020 118 pages.
vendredi 1er juillet 2022
par  Franck SCHWAB
popularité : 99%

Un excellent petit livre qui rendra bien des services aux collègues préparant leurs cours sur la Shoah et qui leur permettra notamment de répondre facilement aux questions des élèves sur la responsabilité de Vichy dans le génocide qu’un triste polémiste a voulu dernièrement de nouveau remettre en cause.

L’auteur cite ainsi Jean-Pierre Azéma et François Bédarida qui, il y a plus de vingt ans déjà, écrivaient (dans La France des années noires, rééd. 2000) : "A la Libération, les défenseurs de Vichy se sont efforcés de tirer argument de l’échec de l’accomplissement de la solution finale en France pour soutenir que Vichy avait servi de bouclier en protégeant à travers bien des vicissitudes des dizaines de milliers de Juifs. A vrai dire, on ne peut que s’étonner de voir pareille construction bénéficier d’une fortune récurrente en dépit de l’amoncellement des études qui en démontrent l’inanité. Certes, ni dans la Révolution nationale ni chez les principaux responsables de l’Etat français - Pétain, Laval, Darlan - il n’y avait de projet homicide, pas plus que l’idée d’anéantissement physique de la race juive. Et pourtant, le gouvernement de Vichy a été un instrument efficace des premières étapes de la "solution finale" : l’exclusion - sous couleur "d’antisémitisme à la française" - et la déportation. Car le concours apporté par Vichy, et à sa suite par de nombreux Français, a été essentiel dans trois domaines : d’abord la définition, le classement et l’isolement des Juifs au sein de la population ; ensuite l’encouragement donné à l’antisémitisme par une propagande ouvertement raciste et xénophobe ; enfin la participation de l’appareil d’Etat - administration et police - aux opérations commanditées par les autorités allemandes, et cela dans le cadre d’une politique de collaboration d’Etat visant surtout à obtenir pour la France une meilleure place dans l’Europe hitlérienne." Tout est bien rappelé ici !

Deux bémols cependant : l’ouvrage établit d’abord un lien direct entre l’antijudaïsme médiéval et la Shoah, ce qu’on peut considérer comme un peu trop schématique, voire même carrément "providentialiste" ; l’ouvrage minore ensuite les camps de concentration qu’il définit comme de simples "lieux d’isolement des ennemis du régime nazi" (sic) alors qu’Ernst Wiechert a montré (dans Le bois des morts, 1992) qu’on y assassinait dès avant le début de la guerre et que l’historien Nikolaus Wachsmann surtout a démontré (dans KL, une histoire des camps de concentration nazis, 2017) qu’il ’y avait pas, sur le fond, différence de nature entre camps de concentration et camps d’extermination, les camps d’extermination ayant été en quelque sorte l’extension et "l’aboutissement" des camps de concentration.

Mais ce ne sont ici que points secondaires dans l’approche didactique du sujet qui doit avant tout être celle de l’enseignant de collège ou de lycée.

Franck Schwab


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